2019 © violaine-laveaux  //////  mise à jour ////// 27/10/2019 jean-françois prigent

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Le parcours de l’exposition est ponctué de dessins à l’encre et de sculptures réalisées à partir de matériaux divers et ordinaires (branches, cire, paraffine, terre crue, encre, talc) caractéristiques de ma pratique, où se mêlent corps et fragments de corps humains ou animaux, objets-reliques, et objets-mémoire explorant les liens mystérieux qui unissent l’art, les contes et la vie.

 

Glossaire :

anneau : objet magique des contes, il s’échappe du doigt et disparait aussi facilement qu’il apparait. Comme un rond à la surface de l’eau…c’est ainsi que j’ai découvert, se reflétant au fond d’une boîte de Craven A, en métal rouge, un mince anneau d’or. Trace mémoire enchantée, il ricoche sans fin.

branche : je l’utilise pour sa qualité de trait, l’immédiateté du dessin et la liberté d’écriture qu’elle me donne, la mémoire du geste qu’elle fixe.

chaise : motif récurrent dans mon travail, objet symbole de l’attente liée à l’absence, elle m’évoque la figure de Pénélope;  le temps suspendu, le souffle retenu…

charbon : pour son noir de fumée, pour l’abime qu’il dessine. « Dans la nuit de la matière fleurissent des fleurs noires. »
L'Eau et les Rêves, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1942, p. 3

ciseau : les ciseaux à couture. Ma grand-mère était « petite main » pour une maison de couture. Dans sa chambre, l’armoire regorgeait d’échantillons de tissus, de dentelles, de paillettes…Il y avait des morceaux de tulle brodés de fleurs, des jardins suspendus à la grâce du corps….

clé : la clé du cabinet défendu. La clé de Barbe bleue : « quand on ôtait le sang d’un côté, il revenait de l’autre ».

conte : les contes d’Andersen, de Perrault ou des frères Grimm  demeurent une source d’inspiration contante. Ils ont bercé mon enfance, nourri mon imaginaire. Leur universalité est troublante. « Les contes nous aident à arriver jusqu’au lendemain… »

ciel : j’ai fait du ciel un creuset fertile où l’univers du conte - avec ses figures archétypales et ambivalentes inscrites dans l’imaginaire collectif (comme celle du loup, de l'ours ou du corbeau )-, trouve naturellement  sa place. J’y ai gravé des mémoires d’enfance, déroulé le fil d’Ariane d’une petite cosmogonie, entre mythologie et contes ; petit glossaire d’une grammaire personnelle où se côtoient, loup, ourse, lion, corbeau, chaise, fusée, barque, main, pied, soulier…

cousu main : cousu main à même le lieu, c’est ainsi que j’aime définir le travail d’installation…

dichotomie : une constante qui se développe au fil des années entre dedans/dehors, ombre/lumière, mobile/immobile, vrai/faux, petit/grand, lourd/léger, haut/bas, terre/ciel, microcosme/macrocosme…

doigts/griffes : mi homme, mi animal, l’évocation  d’une continuité résonnante avec nos ancêtres animaux. Mais aussi des doigts de mémoire, des doigts d’encre rousse en frontière de lune.

étoile : un point d’ancrage dans le ciel pour ne pas perdre pied et naviguer au long terme… « Nous sommes redevables aux étoiles d’avoir fabriqué les atomes dont sont constituées les molécules de nos yeux tournés vers elles ». Hubert Reeves

geste/mémoire : travailler sur les gestes innés, sur un temps cyclique et non plus linéaire. Travailler avec, à la mémoire du corps.

incidences géographiques : c'est en quittant Paris pour m'établir dans le Lot que j’ai découvert le « Triangle noir ». Une zone d'observation astronomique réputée pour la limpidité et la profondeur de ses nuits (car dépourvue de toute pollution lumineuse humaine) s'étendant entre Labastide-Murat, Livernon et Sauliac-sur-Célé.
Depuis lors, devenue "quelque chose comme un astrologue renversé" (André breton, "Langue de pierre"), je puise matière dans le registre des formes et récits mythologiques que nous offrent les figures des constellations et plus particulièrement leur bestiaire :
2003 : Constellation  du centaure, Chateau-Musee du Cayla/ 2007 : Constellation du corbeau, Château de Haute-Serre/ 2008 : Constellation du loup, Atelier D'estienne, Pont-Scorff/ 2009 : Constellation 2 : la LLoba, Musée Henri-Martin, Cahors/ 2010 : 13 loups&une loupe, Chateau Du Tremblay, Crac Fontenoy/ 2011 : L’autel aux corbeaux / Les animaux chanteurs, Chateau de Castelnau Bretenoux/ 2012 : L’autel aux corbeaux, Musée de la Chasse et de la Nature, Hôtel de Mongelas, Paris.

jarre/canope : j’ai pour ces vases d’argile « à large bouche » oscillant entre deux mondes -le visible et l’invisible-, une grande attirance. Ils me ramènent au royaume de la nuit…

lunes noires : pour elles, j’ai froissé « Le Monde ». Je l’ai mis en boule, puis roulé dans un bain de paraffine. Pour lui faire peau neuve. Une peau cratère, érigée en pierre de lune, en constellation d’encre… Portions de ciel en jachère. Les petites dormances ont des allures de trous noirs.  

main : les mains se souviennent et retrouvent. J’aime leur silence éloquent.


objets/signe : clefs, coupes, cuillères, graines, mains, pieds, oiseaux, sandales…, figures archétypales et  universelles, ces objets/signe qui tissent entre eux des liens invisibles constituent depuis plusieurs années ma grammaire de formes et interrogent, entre réalité et faux semblants, l’image de la nature. Petit cabinet de curiosités…

os : à traverser les dunes jusqu’à l’océan, enfant, j’embrassais l’odeur de petites matricaires sauvages et collectais de petits squelettes d’oiseaux, blancs comme des os de seiches et plus léger qu’un souffle, aussi fin et fragile qu’un caramel étiré…

pirogue : l’objet et son double. Découverte dans les réserves du musée, elle s’est imposée comme une évidence lorsque j’ai su que le Corbeau, personnification de l'Etre Suprême dans la culture Haïda (Indiens de la côte nord-ouest du Canada) possède une pirogue magique qu’il peut faire changer de taille à volonté (de la taille d'une aiguille de pin jusqu'à contenir tout l’univers).

son :  son métronome, il rythme les installations. Porteur d’images, de gestes et de formes, il est «  objet magique, hypnotique ».
Création sonore : Jean-françois Prigent

terre crue : Depuis quelques années, j’introduis dans mes installations des pièces en terre crue. L’argile, matière "primitive" que j’ai choisie pour ses qualités plastiques, symboliques et poétiques, me confronte à la diversité des imaginaires mais aussi à
ses contraintes et paradoxes ; paradoxe des tablettes d’argile crue (l’argile est à l’origine de la première « page » d’écriture réalisée sur une lentille de terre molle) qui sont parvenues jusqu’à nous, restituant la mémoire et l’histoire des civilisations antiques du Proche-Orient. Sa capacité à traverser les siècles me fascine.  

trompe l’œil : jouer sur la confusion des perceptions (faux semblants des matières,  changement d’échelle), casser les codes du temps et provoquer un léger vertige  pour ces objets-monde puisant leur inspiration dans l’iconographie des civilisations antiques. J’aime l’idée que le vestige (du latin vestigium : empreinte de pied), nous fasse reprendre pied là où le vertige nous le fait perdre.

verre : pour sa charge magique et sa résonance psychique.