2019 © violaine-laveaux  //////  mise à jour ////// 27/10/2019 jean-françois prigent

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décembre 2014 / février / 2015 / L’orso e la luna

L’orso e la luna  / décembre 2014 / février / 2015

Après avoir exploré les constellations du Centaure puis du Corbeau, Violaine Laveaux emprunte une nouvelle voie cosmogonique : celle de la Grande ourse, associée à la lune. La voûte étoilée est depuis longtemps le domaine de prédilection de cette artiste qui arpente le ciel comme un poisson dans l’eau, mêlant les quatre éléments, entre rêve et réalité, faisant des étoiles et des planètes ses outils de terrienne. La grande ourse ou la casserole est la 3e constellation du ciel par son étendue. Elément du ciel de l’hémisphère nord, elle a donné son nom à l’arctique, du grec Arktos (ours). Dans une séquence antique, Callisto, séduite par Zeus est changée en ourse par Héra et condamnée à errer autour du pôle Nord. Dans d’autres sociétés, celtes par exemple, l’ourse est la guerrière par excellence, symbole de force et de bravoure.Celle qui ne renonce pas, à l’image de l’artiste. Divinité de la nuit des temps, elle trouve sa place dans les cieux, aux côtés de la lune, autre figure féminine, là où reposent les âmes des guerriers. Comment ne pas penser à la pièce de théâtre que Paul Claudel écrivit en 1917 : L’Ours et la Lune ? Dans cette pièce de théâtre pour marionnettes, les protagonistes des différentes scènes apprennent, dans les épreuves qu’ils traversent, les vertus du renoncement : impossibilité d’abolir les distances, difficulté des amours irréductibles, poison de la jalousie. Drame des vices et des vertus qui se combattent, métaphore de la première guerre mondiale. Je ne crois pas au hasard quand Violaine Laveaux s’empare du sujet, alors même que l’on célèbre le centenaire de ce conflit. Il est bien question ici d’éthique, à défaut de religieux, comme dans les mythes fondateurs des sociétés anciennes. Dans ce monde de la nuit et de l’animalité, du blanc éclatant de la pureté originelle, les installations de Violaine Laveaux se font l’écho des légendes païennes. Elles renouent avec l’enfance, c’est-à-dire l’infancia, ce qui ne peut se dire. Le langage graphique est un passeur de connaissances, un retour aux sources, au sens premier des mots. L’ourse se déploie sur les murs tandis que les sphères des étoiles recomposent au sol la danse des planètes. La grande cuillère, nom donné en Amérique à la constellation, dialogue avec un ours enfant. Un buste chamanique renvoie à la croyance des Inuits qui détiennent le pouvoir de l’ours en mangeant l’animal divinisé depuis la nuit des temps. On est bien loin de la diabolisation de l’animal par la religion chrétienne. Femme et ourse, même combat. Les souliers fragiles délicatement posés sur un miroir en témoignent, il y a de la métamorphose et de l’union des contraires dans l’air, entre nature et culture, notre moi véritable. L’ourse danse dans des postures bien trop humaines pour ne pas cacher sa réalité certaine. Elle est notre double. A nous, visiteur attentif, de danser avec elle. Il y en a bien qui danse avec les loups…

 

Brigitte Benneteu

 

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